Sürkrüt

Blog de l’atelier de Communication graphique de la HEAR

Émilie Rigaud, « s’échapper du cadre »


Émilie Rigaud est graphiste et dessinatrice de caractères depuis 2009. Formée à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs et à l’université de Reading, elle enseigne à son tour depuis 2013 à l’ANRT et a dirigé plusieurs workshops à Paris et à Reims.

Lors d’une conférence tenue début février au Lieu du design à Paris, elle nous raconte son parcours et ses méthodes de travail à travers la présentation de quelques caractères.

Coline – « Perdre son temps »

En 2009, encore étudiante à l’université de Reading, Émilie Rigaud se consacre à l’élaboration d’un caractère pour livre de petit format. Les conditions de production des livres de poche sont déterminantes dans la création du caractère : il doit être robuste, compact pour gagner de la place et rester lisible même sur un papier bas de gamme ou imprimé avec de l’encre qui ne tient pas.

En étudiant les publications «poche» des quarante dernières années, Rigaud constate que seulement cinq typographies différentes sont utilisées et qu’aucune n’est vraiment adaptée à la tâche. Elle a donc créé une typographie spécifiquement pensée pour les petits corps et les livres de poche, plus accessibles aux étudiants comme elle pour qui la lecture reste parfois un luxe.

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Le dessin est extrêmement important dans le processus de création : les formes sont dessinées, retravaillées, photocopiées mille fois, agrandies, découpées, collées, puis redessinées encore. L’ordinateur arrive assez tard, il sert, en quelque sorte, à harmoniser les lettres entre elles et affiner les formes déjà posées sur le papier. Comme beaucoup de dessinateurs de caractères, Rigaud apparente son travail à de la sculpture : elle taille dans la matière pour en faire sortir angles, courbes et contreformes. Le dessin à la main apporte la tension nécessaire à la tenue de la lettre.

Le romain et l’italique sont ici considérés comme deux styles différents et pas seulement une déclinaison l’un de l’autre. L’italique n’est pas qu’un romain incliné, le dessin des lettres est complètement différent.

Coline comprend ainsi trois étapes d’évolution : Coline Première, Coline Cursive et Coline Extrême, chacune disponible en plusieurs graisses. Coline Première est la plus classique, celle que l’on pourrait apparenter au romain ; Coline Cursive a des angles plus marqués, les attaques et sorties de lettre se font obliques ; Coline Extrême, elle, s’approche le plus d’une écriture manuscrite : les fûts ne sont plus droits, les attaques et les sorties de lettres s’envolent encore un peu plus, les contreformes, plus étroites, sont également plus visibles. De Première à Extrême, c’est le geste qui se donne à voir.

 

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A is for…

En sortant de l’école, Émilie Rigaud crée sa propre fonderie, A is for…, qui a pour vocation de présenter des caractères qui allient précision typographique et lisibilité avec des détails intéressants. En 2010 elle crée Grotesque, revival d’un caractère de 1880 qui sera utilisé par la suite pour la signalétique de l’ENSAD. Elle diffuse le BTP en 2011, un caractère créé par Jeremy Perrodeau et Guillaume Grall, inspiré du logiciel AutoCAD et de ses lignes brisées.

Émilie crée des caractères pour que «les gens les utilisent de façon inattendue». Par exemple Jaakko, caractère vernaculaire issu d’un manuel finlandais a été adopté par un magasine de surf.
Émilie Rigaud travaille autant sur des caractères de commande que sur des projets autonomes. Parfois, une simple mise à jour de maquette donne lieu à la création d’un caractère spécifique qui est ensuite décliné et redessine toute l’identité visuelle de la société.

Son travail est visible sur son site internet ainsi que sur A is for….

Toutes les images sont issues de www.aisforapple.fr

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Les Villes Intelligentes, réactions en image des années 3


« Celles-ci ne doivent pas seulement chercher à être compétitives, créatives ou durables, mais devenir intelligentes »

Ces adjectifs, utilisés par Clarence Maender pour qualifier les villes intelligentes, pourraient définir la direction à prendre pour le premier projet de l’année proposé par Philippe Delangle et Yohanna My Nguyen. Concevoir une affiche certes, mais surtout donner sa vision des villes intelligentes, en réaction à l’article «à propos des villes intelligentes» publié sur le site de la revue L’An 02.

Réagir en images, en mots, se montrer alarmiste ou faire de l’humour, chacun a donné son point de vue sur ces «smart cities», terme vaste et vague qui renvoie à la fois à ces extravilles ultra-connectées mais aussi aux projets de réaménagement, de reconversion de nos bonnes vieilles villes.

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Globalement, plusieurs d’entre nous sont partis sur une vision négative des Smart Cities. Une idée a été celle de l’impression de surveillance et d’hyper-connectivité que présentent ces nouveaux projets urbains. Certains ont fait référence au passé en utilisant des références comme Big Data ou 1984, de Georges Orwell. D’autres ont puisé dans le quotidien contemporain avec les contrats d’utilisation que nous acceptons tous les jours sans jamais en lire une ligne ou la question de la géolocalisation. Le monopole grandissant de certaines multinationales dans ces configurations de villes a également été pointé du doigt.

Une autre manière d’appréhender le sujet était de se projeter dans un mode de vie futur qui découlerait de cette nouvelle organisation urbaine. Un guide de survie saugrenu pour nous mener vers la déconnexion totale ou des épitaphes dans un monde gouverné par les réseaux sociaux. Ce sont donc des visions absurdes et humoristiques qui ont été développées, comme l’ont été aussi des propositions de jeux de mots, en alliant connexion et BDSM.

En parallèle à ces réactions négatives, certains ont pris le parti de contrebalancer voire appuyer les côtés positifs qui pouvait en découler. Ainsi quelques productions parlaient du rôle des réseaux sociaux et de l’Internet dans le cadre d’évènements historiques importants. Et d’autres ont envisagé les évolutions possibles à titre social à travers une application permettant de déposer des musiques ou des messages dans la ville.

lesvillesintelligentes_2 lesvillesintelligentes_3 lesvillesintelligentes_5lesvillesintelligentes_4Les photographies de Elaine Döpkens qui illustrent l’article ont été prises pendant la restitution du sujet en novembre dernier. Bien qu’elles ne donnent qu’un aperçu de quelques affiches produites, elles témoignent avant tout du déroulement de l’accrochage dans des conditions plutôt fraîches.

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Libre graphics meeting 2016


Du 15 au 18 avril 2016 se tiendra à Londres l’édition 2016 de Libre graphics meeting.

LGM2016-logo

Il s’agit d’une manifestation qui a lieu tous les ans et qui rassemble des développeurs, artistes, graphistes et utilisateurs d’outils de création graphique libres et open source.

Un petit groupe d’enseignants et d’étudiants de la HEAR y feront le déplacement pour suivre les conférence, et Benjamin Riollet, étudiant en 5e année de l’atelier de Communication graphique, y présentera une partie du travail qu’il développe dans le cadre de son projet de DNSEP.

Léna Robin, de la promotion 2015 des diplômés en Communication graphique, viendra également y présenter le travail qu’elle développe au sein des équipes du Publishing Lab de l’Institute of Network Cultures d’Amsterdam.

Nous ne manquerons pas d’écrire un compte rendu détaillé à notre retour.


15, 18 avril 2016
Libre graphics meeting 2016
Université de Westminster
Londres

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Les Danseurs fous de Strasbourg


John Waller, Les Danseurs fous de Strasbourg.

John Waller, Les Danseurs fous de Strasbourg, Strasbourg, La Nuée bleue, 2016. Design de la couverture : Marine Bigourie.

La couverture de l’ouvrage Les Danseurs fous de Strasbourg, disponible depuis peu, a été conçue par Marine Bigourie, étudiante en 4e année, dans le cadre de l’atelier « Principes de réalité », à l’occasion d’un partenariat entre l’atelier de Communication graphique et les éditions La Nuée bleue. Cette maison, installée à Strasbourg depuis 1920, est devenue le principal éditeur de livres en Alsace et dans le Grand Est.


John Waller, Les Danseurs fous de Strasbourg. Une épidémie de transe collective en 1518, Strasbourg, La Nuée bleue, 2016. Design de la couverture: Marine Bigourie.

Sur la page Facebook de La Nuée bleue.
Présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

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1/20. Un vingtième. Une exposition imprimée de Yann Sérandour par huit étudiants de la HEAR


L’album Un vingtième dans la maquette de la Chaufferie au 1/20.

L’album Un vingtième dans la maquette de la Chaufferie au 1/20.

Cette exposition à La Chaufferie, galerie de la Haute école des arts du Rhin (HEAR), a été conçue par huit étudiants des ateliers Communication graphique, Scénographie, et Livre de la HEAR, dans le cadre d’un workshop de Yann Sérandour sur une proposition de Jérôme Saint-Loubert Bié. Sans qu’aucune œuvre ne soit transportée pour l’occasion, les étudiants ont réalisé une publication et sa reproduction à l’échelle de la galerie à partir de vues d’expositions relatives à un projet récent de Yann Sérandour. Tous les éléments exposés ont été imprimés à deux échelles. L’ensemble a ensuite été documenté dans un catalogue, accompagné d’un supplément, qui assurent la diffusion de cette exposition imprimée.

Jouant sur la notion d’échelle et de reproduction, cette proposition retrace la trajectoire artistique et médiatique d’une photographie d’archive que Yann Sérandour a réutilisée sous différentes formes après l’avoir acquise sur eBay fin 2012. Publiée initialement dans le Denver Post le 26 juillet 1980, cette photographie de presse montre une vue de la foire-exposition annuelle de la Colorado Cactus and Succulent Society. Cette image témoigne de la fascination collective qu’exerce ce spécimen botanique bizarre et curieux. Elle donne à des pratiques amateurs et passionnées une visibilité sociale à partir de laquelle l’histoire d’un goût peut se raconter.

Cette image est représentée ici à travers une série de reproductions ou de vues d’expositions publiées dans divers documents imprimés et électroniques. Ces sources documentaires ont été remises en pages dans un album cartonné de vingt pages exposé dans une maquette de la galerie à l‘échelle 1:20. L’album y a été photographié pour donner lieu à la publication donnée aux visiteurs. Chaque double-page se présente comme une scénographie possible de l’exposition où l’angle formé par le pli central du livre joue le rôle d’une jonction entre le sol et le mur. Agrandie à l’échelle de l’espace d’exposition de La Chaufferie, l’une des double pages prolonge les enjeux de l’installation initiale en en faisant basculer les repères spatiaux et temporels. Du déplacement critique au dévoiement publicitaire, ce projet d’exposition imprimée indexe les multiples contextes d’inscription d’une source en partage, autant qu’elle en questionne les effets sur sa perception et ses significations.

Étudiants participant au workshop : Marine Bigourie, Zelda Colombo, Mathilde Cordier, Pricilla Degardin, Angéline Girard, Quentin Juhel, Antoine Langé, Alix Sanchez

Stagiaire : Quentin Sietzen

Coordination : Jérôme Saint-Loubert Bié

Avec le soutien de la société Senfa

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Un vingtième. Une exposition imprimée de Yann Sérandour par huit étudiants de la HEAR

Exposition du 1er avril au 1er mai 2016
Vernissage jeudi 31 mars à 18h30
La Chaufferie, 5 rue de la Manufacture des Tabacs, 67000 Strasbourg.
De 14 h à 18 h du vendredi au dimanche

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