Sürkrüt

Blog de l’atelier de Communication graphique de la HEAR

« Adieu éthique et bonjour boulots alimentaires », échange avec Léo-Paul Billès


December 29th, 11:23pm – Manon Hachad

Salut Léo-Paul !

Je viens juste d’entrer en 3e année aux Arts Déco en Com Graph. Je me permets de t’envoyer un message, parce qu’il me semble que t’étais également ici il y a deux ans. Et du coup, j’ai un service à te demander.. si tu m’accordes un peu de temps !

On a appris avant les vacances de Noël qu’il fallait qu’on interroge un ancien étudiant de l’atelier (genre ce que tu fais, si t’as continué dans la même voie etc.) afin de valider un crédit pour nos bilans de fin de semestre ahah. Et en fait, j’étais tombée sur ton site l’année dernière quand je cherchais un stage en BTS. Et du coup je me dis que c’est l’occasion de pouvoir échanger un peu avec toi, parce que je trouve ton travail vraiment cool.

Alors si t’es opé, je trouverais ça vraiment bien qu’on puisse échanger quelques mails, quand t’as le temps évidemment.

Tiens-moi au courant et du coup j’espère à très vite !
En attendant bonne fin de fêtes éhéh

January 19th, 7:16pm – Manon Hachad
Du coup, t’as eu ton diplôme y’a presque deux ans, qu’est ce qu’il s’est passé concrètement à la sortie de l’école ? Est-ce que t’es tout de suite parti à Paris ou t’es resté à Strasbourg, et pour y faire quoi ?

Léo-Paul Billès
Vers la fin de l’année, lorsque j’étais en train de préparer mon diplôme, j’ai envoyé quelques demandes de stage parce que c’était selon moi le seul moyen de faire la transition entre les études et un travail à proprement parler. J’ai vu que Le Comptoir Général à Paris cherchait quelqu’un pour leur département graphisme, j’ai postulé et j’ai été accepté. J’ai donc profité d’être encore à l’école pour me renseigner sur une potentielle « 6ème année » qui me permettrait d’avoir une convention de stage. On a été quelques uns de la classe à faire ça.

Ensuite j’ai été en stage deux mois et ils ont décidé de me garder. Je suis passé à un statut d’auto-entrepreneur pour être graphiste free-lance, cependant j’étais à plein temps chez eux.

Malgré tout, pendant l’année j’ai eu quelques projets de graphisme qui m’ont permis de me constituer un book plus varié. Puis au bout d’un an ça s’est terminé. L’identité graphique du Comptoir Général s’est beaucoup simplifiée et il n’ont plus eu besoin de moi.

Depuis, je continue à avoir quelques projets en freelance mais j’essaie de trouver un travail en agence ou dans un magazine parce que c’est au sein d’une équipe que je considère être le plus efficace.

Manon Hachad
Ok, j’étais pas au courant du tout de cette 6ème année ! Et t’es resté à Strasbourg pour bosser à l’école et du coup à distance pour le Comptoir Général, ou plus sous forme d’alternance ?

Léo-Paul Billès
Non j’ai tout de suite déménagé à Paris, j’avais aucune envie de rester à Strasbourg. Je travaillais dans leurs bureaux.

Manon Hachad
Ok ! Et aujourd’hui, en vivant là-bas, tu penses que Paris est un passage obligatoire pour un graphiste qui se lance en free-lance ?

En tout cas, est-ce que pour ta part c’est une ville qui t’offre potentiellement plus d’opportunités qu’ailleurs, ou même simplement qui est plus stimulante dans ta production ?

Léo-Paul Billès
Je pense pas que ce soit un passage obligatoire mais ayant fait une partie de mes études là bas, j’avais très envie d’y retourner et de m’y installer pour un moment.

Vivre dans une capitale est quelque chose de vraiment stimulant pour moi, les rencontres et les connexions se font beaucoup plus vite.

Cependant, les opportunités c’est surtout grâce à internet qu’elles arrivent. Avoir un site et diffuser son travail est vraiment quelque chose d’important.

Au final, vivre dans une grande ville c’est davantage un bonus qu’une réelle nécessité.

Manon Hachad
Je crois en effet que c’est essentiel. Et comme tu dis, aujourd’hui on ne se limite plus forcément à un site Internet pour « exposer » son travail ; je pense aux réseaux sociaux.

Tu penses qu’en tant que « créateur » (pour ne pas se limiter à la profession de graphiste), il est important d’utiliser l’ensemble des outils permettant la diffusion de nos travaux ? Et est-ce que c’est quelque chose que tu fais toi ?

Léo-Paul Billès
Diffuser son travail permet de se créer un réseau, donc je pense qu’il est en effet important d’utiliser tous les outils qui sont à notre portée.

Malgré tout, j’ai tendance a beaucoup segmenter la diffusion de ma production, j’ai du mal à avoir une vision transversale de ce que je fais. Je ne mets que mes projets de graphisme sur mon site. Toutes mes photos je les publie sur Flickr et Tumblr. Sur Facebook je ne diffuse que les projets vraiment marquant et les actualités relatives au magazine pour lequel je m’occupe de l’identité (Congrats! Magazine, pour l’info). Je n’ai pas encore une cadence de travail assez soutenue et assez de projets dont je suis fier pour me créer ma propre page Facebook et publier mes travaux par ce biais.

January 19th, 11:05pm – Manon Hachad
D’accord !
Je vais revenir sur l’école un peu. Y’a un point qui me semble être délicat à la sortie et qui pose la question du matériel. On a la chance d’avoir à notre disposition un tas d’ateliers et de moyens pour mettre en œuvre nos projets, mais du coup, est-ce qu’une fois hors des murs de l’école, le (potentiel) manque de matériel a eu une influence sur ta production ?

Même si je suis également partisane des ateliers plus artisanaux et que l’idée de détourner certaines machines ou de les transformer peut parfois amener à des résultats parfois plus pertinents, ou simplement différents.

January 20th, 12:52am – Léo-Paul Billès
Je t’avoue que sur ce point je suis pas un bon exemple parce que je suis peut-être la seule personne de l’école à ne jamais avoir fait de sérigraphie pendant ma scolarité aux arts déco.

Les ateliers ne me manquent pas parce que je ne les ai simplement jamais utilisé si ce n’est 3 jours que j’ai passés à l’atelier livre pour mon diplôme.

Aujourd’hui mes projets tournent beaucoup autour du web parce que j’ai pris le temps d’apprendre à coder pendant que j’étais à l’école et c’est peut-être le domaine qui nécessite le moins de matériel.

Pour le reste de mes projets, tout se fait à l’extérieur avec différents imprimeurs.

January 20th, 9:42am – Manon Hachad
Ah ah très bien. En parlant de ton diplôme, j’en ai eu un aperçu sur ton site et c’est drôle parce que je commençais à y réfléchir aussi un peu, et certains points qui touchent aux réseaux sociaux m’intéressent pas mal.

Concrètement, comment se passe ce diplôme : à quel moment ton idée bien précise s’est arrêtée ? Est-ce qu’en 4e année c’est un point qui prend déjà beaucoup de place ?

Léo-Paul Billès
Disons que ce sont les derniers projets que j’ai réalisés en 4e année qui m’ont donné envie de choisir mon thème de diplôme.

À la fin de ma 4e année je lisais des livres sur mon sujet de mémoire. Je n’avais pas encore l’intitulé exact mais je savais que je voulais m’intéresser aux liens entre la photographie et les réseaux sociaux.

Pour mon diplôme j’ai également su très vite ce que je voulais faire parce que j’avais déjà commencé à réaliser une de mes éditions finale au mois de novembre.

Chacun va à son rythme, il n’y a pas vraiment de modèle, mais je conseillerais de beaucoup lire pendant la 4e année (les autres années aussi hein! mais là de manière plus précise sur un thème donné) parce que c’est le travail le plus long mais c’est aussi celui qui permet d’avoir le plus de recul et de connaissances sur son sujet. L’écriture est bien plus fluide et les idées mieux construites une fois qu’on a une vision globale.

Manon Hachad
D’accord, je pensais vraiment que la 4e année était pas mal consacrée au diplôme également.

Et est-ce que tu penses que ce mémoire et les productions qui ont en découlé influent aujourd’hui sur ton travail ? Je me demande par là si c’est quelque chose qui a une influence sur ta vision de la pratique du graphisme ou simplement qui lui donne une orientation particulière encore aujourd’hui?

Léo-Paul Billès
Je dois avouer que ça a pas mal fait évoluer mon travail mais pas au niveau des thèmes ou de mes influences. Il y a forcément un avant et après diplôme parce que le fait de travailler pendant un an sur un projet te fait forcément acquérir en maturité d’un point de vue graphique et cristallise les connaissances/le savoir-faire que tu as accumulé pendant tes années d’études.

Il est très rare d’avoir un tel confort de travail par la suite, du coup il faut vraiment maximiser ses chances pour avant tout faire un projet qui nous tient à cœur et qui sera un peu la masterpiece de ton book.

Après mon diplôme je comptais contacter des maisons d’éditions pour concrétiser et donner suite à mon projet de diplôme (j’ai réalisé une anthologie du fétichisme de 300 pages) mais au final, mes projets rémunérés ont pris le dessus et ça fait plus d’un an que je ne me suis pas tourné vers mes projets personnels, si ce n’est la photographie que je pratique en continu.

Manon Hachad
Ouais j’imagine comme ça peut prendre à cœur de réaliser un tel projet, j’en ai eu un aperçu en BTS avec le projet de diplôme aussi. Et c’est pour ça que j’ai hâte de pouvoir réfléchir à ce mémoire.

Hum, donc t’es presque en train de me dire que la 5e année est le dernier temps pour tes projets perso si tu veux vivre par la suite c’est ça ?

Tes projets rémunérés, tu les choisis ? Ou bien c’est une utopie que de croire que tu peux t’autoriser ça ?

Léo-Paul Billès
Ah ah non c’est pas vraiment les derniers temps ! C’est juste qu’ensuite c’est très dur de retrouver une configuration de travail (temps, moyens, confort de vie…) aussi idéale pour tes projets persos.

Pour les projets rémunérés je prends à peu près tout ce qui se présente à moi. Il faut juste que le ratio intérêt/rémunération soit correct.

Par la suite j’aimerais vraiment pouvoir faire le tri, mais pendant les premières années d’exercice je pense pas qu’on puisse trop se permettre de faire la fine bouche. Donc adieu éthique et bonjour boulots alimentaires.

Manon Hachad
Ah ah je pense que je mettrais cette dernière phrase comme titre de cette discussion !

Je finis bientôt mon harcèlement promis, mais je trouvais ça intéressant d’avoir un point de vue post-école. Teaser de ce qui nous attend en sortant !

Encore un truc. Une question très simple. T’as fais un BTS il me semble avant… Quelle est la différence fondamentale que t’as ressentie avec l’école ?

Léo-Paul Billès
Oui j’ai fait un BTS et ça a joué un rôle fondamental je pense. En BTS on a une formation technique (initiation aux logiciels, cours de typos, de publicité, de photographie, de marketing et même d’éco-gestion) qui est bien approfondie. Au début c’est un peu rébarbatif et contraignant, on doit répondre à des briefs et à des cahiers des charges bien précis mais par la suite on s’aperçoit que c’est une étape assez primordiale quand on veut être graphiste car cela nous met tout de suite dans les conditions réelles de la profession. En arrivant aux arts déco j’ai été très perturbé de voir que des gens de ma classe ne savaient pas du tout réaliser une grille ou faire une imposition sur InDesign. Mais c’était simplement parce qu’il n’y a pas de formation à l’école et c’est vraiment regrettable. Aujourd’hui être graphiste dépend beaucoup des logiciels et sans une maîtrise de ces outils il est pour moi assez difficile de prétendre à cette activité.

Au final je suis très content d’avoir fait un BTS avant car j’ai acquis les connaissances techniques nécessaires. Ensuite les arts déco ont davantage été un cadre dans lequel j’ai pu mettre à profit mon savoir-faire et dans lequel j’ai pu développer un approche personnelle.

Aussi, il ne faut surtout pas négliger les stages, personnellement j’en ai fait deux chaque été de ma sortie du BTS jusqu’au diplôme et il n’y a rien de mieux pour vraiment appréhender ce qui se passera une fois que l’école sera terminée.

(il y a aussi tout l’aspect administratif qui représente presque 40% du taff et qui n’est pas du tout abordé à l’école)

Manon Hachad
Même s’il ne s’est pas déroulé de la même façon pour cause de réforme, le BTS me paraît également être un bon cursus pour appréhender réellement les enjeux de cette pratique du « graphisme ».

En effet, les stages semblent être clairement les meilleures solutions pour avoir un avant-goût de ce qui nous attend (logique tu me diras).

Pour ta part, est-ce qu’il t’es arrivé de bosser avec des anciens maîtres de stage qui ont fait appel à toi après l’école ou bien que toi tu as recontacté (mis à part le Comptoir Général) ?

Léo-Paul Billès
Non ça n’est pas arrivé, il faut dire que j’ai fait des stages dans des studios avec peu d’effectifs. Par contre il peut arriver qu’ils me mettent en contact avec des personnes pour différentes opportunités.

Manon Hachad
Ok, bon c’est très cool de ta part d’avoir répondu à toutes ces questions. Si jamais il y en à d’autres qui me reviennent je te ferai signe. Mais merci beaucoup.

Léo-Paul Billès
De rien, avec plaisir.

http://leopaulbilles.com

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