Sürkrüt

Blog de l’atelier de Communication graphique de la HEAR

Objets hantés


Dans le cadre du cours Design graphique et édition, les étudiants de 3e année de l’atelier ont reçu un corpus de textes ayant été publiés entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Ces publications tombées dans le domaine public ont été numérisées par Google et rassemblées par Jeff Guess et Gwenola Wagon, commissaires de l’exposition Haunted by Algorithms.

Tous ces textes traitent de formes diverses de spiritisme, de phénomènes mystérieux ou paranormaux, et tentent de rationaliser des événements occultes par un cheminement scientifique.

De ce corpus sont nées des interprétations plurielles : certains étudiants ont travaillé à partir de l’ensemble des ouvrages quand d’autres se sont focalisés sur une seule parution, ou un ensemble limité.

Le traitement graphique prend lui aussi des formes diverses entre recueil d’images, de citations ou mise en perspective de ces ouvrages avec des éléments contemporains.

L’ensemble des éditions créées par les étudiants est présenté jusqu’au 5 mars dans l’exposition Haunted by Algorithms à la galerie Ygrec (galerie de l’École nationale supérieure d’arts de Paris Cergy, située sur le site des Grands Voisins, dans le 14e arrondissement de Paris).

Ce dispositif de présentation permet d’avoir une vision d’ensemble des productions et mesurer leurs diversités graphiques.

Ci-dessous l’ensemble détaillé des éditions :

 

Marie Damageux
Testament Internet. Are the Dead Alive?
16 × 20 cm

Le titre et la thématique sont inspirés du livre de Rider Fremont, Are the Dead Alive. Le projet questionne la manière dont le web nous permet de « survivre » après la mort à travers une enquête sur ce qui subsiste de nous sur les réseaux sociaux. Une deuxième partie constitue le « testament » Internet de l’auteure.

Lyne Ea
After Death, What?
8 × 10,5 cm

Tiré du livre de Lombroso sur la télépathie, le titre  évoque un imaginaire fort autour de la mort et de ce qui lui succède.

Le projet est un récit fictif dans lequel textes et images tirés de l’ensemble du corpus s’articulent afin de créer un ouvrage poétique suggérant l’idée mystérieuse et abstraite de ce qu’est la vie après la mort.

 

Basile Fournier
The History of Spiritualism
10 × 17 cm

Le sens de « hanté par les algorithmes » a été pris au premier degré, littéralement. Plusieurs algorithmes on permis de déformer le texte et la mise en page originaux par plusieurs moyens visuels, comme si le livre était hanté par un esprit algorithmique.

Inès Hosni
L’enlèvement au Sérah,
d’après
Hypnotisme et spiritisme
14 × 21 cm

L’enlèvement au Sérah est une nouvelle fictive dont l’histoire s’inspire très largement d’événements historiques récents, à l’image de l’enlèvement des lycéennes de Chibok au Nigéria, par Boko Haram en 2014. Elle puise le ton de son intrigue dans l’œuvre théâtrale Ciels de Wajdi Mouawad.

Parallèlement à la nouvelle, le texte Hypnotisme et Spiritisme de Cesare Lombroso, mêlant religion, femmes et chasteté est reproduit en facsimilé sur des pages de papier rouge.

Yi-Chin Lai
Into the Dream
11,5 × 18 cm

Le livre est construit sur le principe des « livres dont vous êtes le héros » et propose une déambulation à travers différents ouvrages sur le spiritisme, qu’il met en relation en évoquant l’idée de rêve.

Jean Laniau
Paranormal Club
20 × 27,5 cm

Cette édition reprend les codes graphiques du fanzine. Le contenu (textes et images) est tiré de différents ouvrages du corpus et de sites web sur le spiritisme, les phénomènes paranormaux, etc.

Magali Lebon
Des Indes à la planète Mars
11,5 × 18,5 cm

Ce livre est la transcription du film éponyme à propos de Théodore Flournoy, médecin qui s’intéresse au paranormal et au courant spirite de l’époque (et auteur du livre Des Indes à la planète Mars) et de la médium Catherine Élise Müller. Après leur rencontre en 1894, celle-ci écrira deux fictions romanesques assorties de l’invention de langues imaginaires : l’une d’intonation orientale et l’autre martienne, dont le film retrace l’invention.

Alexandre Lescieux
Magical Phenomena
20 × 26 cm

Cette anthologie sur le spiritisme à été conçue à partir d’un corpus de textes tombés dans le domaine public.
Les extraits de textes choisis, aux titres atypiques, évoquent des sujets comme le vaudou ou les maisons hantées et sont mis en relation avec des images contemporaines.

Clara Luzolanu
Somnus Ambule Ipsum
10 × 16,5 cm

Les poèmes de ce recueil ont été rédigés par un générateur de textes à partir de phrases tirées de l’ouvrage Nouvel examen d’un phénomène psychologique du somnambulisme de M.E. Tandel (1842).

Margaux Montfort
Celestials, Troubles, Writers
3 volumes de 13,5 × 21,5 cm

Cette édition entend interroger les systèmes de communication humains ou extra-humains à travers trois relevés différents d’intervention sur les livres du corpus.

Celestials suggère une présence discrète au travers des petites tâches sur les pages blanches de titres ; Troubles appuie davantage les interventions plus évidentes sur les textes eux-mêmes, tandis que Writers installe une présence bien plus réelle en recensant toutes les interventions manuscrites.

Les trois éditions renferment dans le pli de leurs pages des éléments  qui agiraient comme des « preuves ».

Barbara Oppelt 
Automaton
17,5 × 24,5 cm

Les textes sont des exemples d’écritures automatiques spirites trouvées dans les ouvrages du corpus dont la mise en page a été produite aléatoirement grâce à un script créé par l’auteure avec basil.js.

Le script agit sur l’emplacement du texte, la taille des blocs qui le contiennent, le corps de la typographie, l’interlignage, et l’approche des lettres.

Elie Partouche
Sans titre
26,5 × 40 cm

Un programme a permis de transcrire les lettres de l’alphabet en niveaux de gris, chaque lettre correspondant à un pixel dans l’une de ces nuances. Les ouvrages du corpus ont ainsi été « traduits » en images, chaque page correspondant à l’intégralité d’un livre.

Ambre Quemin
Haunted
15 × 22,5 cm

Des pages scannées provenant de l’ensemble du corpus sur lesquelles apparaissent des signes apposés par les bibliothèques qui les conservent sont classées en fonction de ces marques matérielles (empreintes de tampons, codes barres, annotations manuscrites, fiches de prêt, etc…)

Caroline Sorin
The Machine in the Ghost
17 × 23,5 cm

Les pages des livres du corpus ont été « glitchées » en intervenant sur le code des fichiers numériques.

L’auteure entend confronter les fantômes et les regards à un siècle de distance en laissant l’ordinateur interpréter ces images du passé présentées comme preuves de la présence d’esprits, créant ainsi de nouveaux fantômes sous forme de pixels – données détériorées.

Sophia Streit 
Haunted
5,5 × 7,5 cm

Recueil d’illustrations et de photographies tirées d’ouvrages sur le spiritisme.

Élise Vallet
Corps incarnés
18 × 24 cm

Corps incarnés est une édition qui tente de redéfinir l’image que la Nouvelle iconographie de la Salpêtrière en 1888 souhaitait véhiculer des pathologies hystériques. Des extraits du livre original sont mis en perspective avec des écrits d’anthropologues contemporains et une collection d’images artistiques. Derrière des mises en scènes hypnotiques de corps hystériques se révèle un vrai théâtre de la douleur.

Lucile Weber
Mind Reading, Unexpected Reality Testimonies
12 × 17 cm

Dans l’ouvrage The Mind Reading Code, Calostro explique les techniques pour réaliser son « tour de magie » qui consiste à faire semblant de pouvoir lire dans les pensées grâce à un code connu de lui et de son partenaire.

Les pages du livre ne sont pas coupées, permettant de lire dans un premier temps des témoignages classiques sur la télépathie (la reproduction en facsimilé du livre Phantasms of the Leaving de Edmund Gurney), tandis que les pages cachées, si on les découpe, permettent d’accéder au code formulé par Calostro.


Haunted by Algorithms
du 21 janvier au 5 mars 2017
Galerie Ygrec – ENSAPC
Les Grands Voisins – Bâtiment Lelong
82, avenue Denfert-Rochereau, 75014 Paris
Du mercredi au samedi de 13 h à 19 h, le dimanche de 13 h à 18 h
hauntedbyalgorithms.net

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Quiproquo #2, un troc d’éditions


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Prenez les larmes, prenez-les, prenez les armes et les affiches !


Pour entamer le semestre en Communication graphique, les étudiants de troisième année ont dû créer des affiches à partir d’un entretien de Georges Didi-Huberman paru dans Libération le 2 septembre 2016 intitulé «Les larmes sont une manifestation de la puissance politique».

L’écrivain, philosophe et historien de l’art introduit son nouveau livre Peuples en larmes, peuples en armes, dans lequel il met l’accent sur la puissance politique des larmes ; il renverse la tendance avec force et justesse : de signe d’impuissance et de fragilité, elles deviennent symbole de révolte et d’affirmation. L’émotion est alors politique et historique, les larmes sont un soulèvement. Pour se faire, il s’appuie sur la tragédie du Cuirassé Potemkine, film soviétique muet de Sergueï Eisenstein, sorti en 1925. La photographie de la pleureuse sur l’article est issue de ce dernier.

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Ainsi donc, le contenu de cet article devient support du sujet initié par Philippe Delangle et Yohanna My Nguyen, consistant à interpréter en affiches les propos de Didi-Huberman. Une affiche qui se veut intelligible et autonome dès sa première lecture.

Les règles du jeu étaient strictes : les étudiants devaient penser leurs propositions à partir d’un scan de l’article, pas de texte dactylographié, ni d’ajout iconographique donc. Pour autant, les réponses ont été diverses, tant du point de vue de l’interprétation : poétique, réflexive, engagée, révélatrice, accusatrice… que dans les formes qu’elles ont revêtues.

Par exemple, une série d’affiches implique un temps de lecture particulier : parallèle, chronologique (par une installation dans l’espace nécessitant une déambulation), ou encore à différents niveaux d’interprétation (ensemble d’affiches indépendantes qui, présentées en mosaïque se lisent simultanément).

D’autres ont privilégié un dispositif de superposition de supports imprimables afin de générer des effets graphiques. Le format papier a parfois même été détourné dans le but de faire du support un objet.

Quant à la forme papier, certains l’ont augmentée d’un dispositif interactif tantôt performatif, tantôt digital avec des formes typographiques en mouvement.

L’ensemble du travail des étudiants a investi l’espace lors d’une restitution groupée, tenue à la HEAR le 27 octobre dernier.

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Atelier gravure sur bois avec les élèves du lycée Gutenberg


Dans le cadre du partenariat de la HEAR avec le lycée Gutenberg d’Illkirch, Odile Liger et Pascale Willem accueillent les lycéens de la section Artisanat et Métiers d’Art option Communication Visuelle Pluri Médias pour deux séances à l’atelier gravure.

Les élèves avaient à rédiger, pour leur cours de Français, un réquisitoire sur un thème de société qui leur tenait à cœur et créer des visuels pour illustrer leurs textes. Au cours de la journée d’atelier à la HEAR, chaque élève a finalisé son illustration, avec les conseils des professeures, pour l’adapter à la gravure sur bois. En fin de journée, nous avons réalisé deux grands formats rassemblant les illustrations de tous les élèves. Chacun a pu graver, encrer, et imprimer son visuel et découvrir ainsi une nouvelle pratique.

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Les Villes Intelligentes, réactions en image des années 3


« Celles-ci ne doivent pas seulement chercher à être compétitives, créatives ou durables, mais devenir intelligentes »

Ces adjectifs, utilisés par Clarence Maender pour qualifier les villes intelligentes, pourraient définir la direction à prendre pour le premier projet de l’année proposé par Philippe Delangle et Yohanna My Nguyen. Concevoir une affiche certes, mais surtout donner sa vision des villes intelligentes, en réaction à l’article «à propos des villes intelligentes» publié sur le site de la revue L’An 02.

Réagir en images, en mots, se montrer alarmiste ou faire de l’humour, chacun a donné son point de vue sur ces «smart cities», terme vaste et vague qui renvoie à la fois à ces extravilles ultra-connectées mais aussi aux projets de réaménagement, de reconversion de nos bonnes vieilles villes.

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Globalement, plusieurs d’entre nous sont partis sur une vision négative des Smart Cities. Une idée a été celle de l’impression de surveillance et d’hyper-connectivité que présentent ces nouveaux projets urbains. Certains ont fait référence au passé en utilisant des références comme Big Data ou 1984, de Georges Orwell. D’autres ont puisé dans le quotidien contemporain avec les contrats d’utilisation que nous acceptons tous les jours sans jamais en lire une ligne ou la question de la géolocalisation. Le monopole grandissant de certaines multinationales dans ces configurations de villes a également été pointé du doigt.

Une autre manière d’appréhender le sujet était de se projeter dans un mode de vie futur qui découlerait de cette nouvelle organisation urbaine. Un guide de survie saugrenu pour nous mener vers la déconnexion totale ou des épitaphes dans un monde gouverné par les réseaux sociaux. Ce sont donc des visions absurdes et humoristiques qui ont été développées, comme l’ont été aussi des propositions de jeux de mots, en alliant connexion et BDSM.

En parallèle à ces réactions négatives, certains ont pris le parti de contrebalancer voire appuyer les côtés positifs qui pouvait en découler. Ainsi quelques productions parlaient du rôle des réseaux sociaux et de l’Internet dans le cadre d’évènements historiques importants. Et d’autres ont envisagé les évolutions possibles à titre social à travers une application permettant de déposer des musiques ou des messages dans la ville.

lesvillesintelligentes_2 lesvillesintelligentes_3 lesvillesintelligentes_5lesvillesintelligentes_4Les photographies de Elaine Döpkens qui illustrent l’article ont été prises pendant la restitution du sujet en novembre dernier. Bien qu’elles ne donnent qu’un aperçu de quelques affiches produites, elles témoignent avant tout du déroulement de l’accrochage dans des conditions plutôt fraîches.

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