Sürkrüt

Blog de l’atelier de Communication graphique de la HEAR

Altars of madness, art contemporain & heavy metal


Le jeudi 24 novembre 18h, aura lieu à l’auditorium de la HEAR la conférence Altars of madness de Jérôme Lefèvre.

Quels liens le metal et l’art contemporain peuvent-ils entretenir ? Le public de l’art aura pu noter depuis les années 1990 un nombre croissant de références assez explicites à ce genre musical des plus singuliers. De leur côté, les amateurs du genre auront pu voir leurs groupes préférés collaborer avec des artistes visuels. Le genre lui-même, marqué par une contente évolution, a pu révéler des langages proches de l’expérimentation. L’esthétique déployée par les courants contemporains du metal et le caractère extrême de leurs langage ont marqué en profondeur une génération d’artiste.

La conférence analysera d’abord les fondements de la culture metal, puis l’évolution du genre, afin d’étudier en détail les raisons et les manières dont les artistes d’aujourd’hui se sont approprié ses codes.

Altars of madness, art contemporain & heavy metal – conférence Jérôme Lefèvre

Altars of madness, art contemporain & heavy metal – conférence Jérôme Lefèvre, affiche de Marianne Plano et Lisa Pagès

 

Jérôme Lefèvre (né en 1977) est commissaire d’exposition indépendant et critique d’art membre de l’AICA.

En tant que curateur, il a organisé plusieurs expositions parmi lesquelles Sound Games (Centre Noroit, Arras) Meanwhile in the Real World (FRAC Ile de France – Le Plateau, Paris), Pearls of the North (Palais d’Iéna, Paris), Far in Out (Triangle Bleu, Stavelot, Belgique) et Altars of Madness (Casino Luxembourg, Luxembourg, et Confort Moderne, Poitiers), ainsi que plusieurs projections de cinéma expérimental.

En tant que critique d’art, il a collaboré à de nombreuses revues comme Art Press, Archistorm, Crash et Dust Distiller ainsi qu’à de nombreuses monographies d’artistes et ouvrages thématiques publiés dans plusieurs langues.
Il est par ailleurs le fondateur de la publication monographique C.S. Journal en 2009 avec Damien Deroubaix qui a consacré ses numéros à des artistes tels qu’Élodie Lesourd, Mark Titchner aussi bien que Steven Shearer pour sa participation à la Biennale de Venise en 2011.

Jérôme Lefèvre est également conférencier et enseigne l’Histoire de l’Art à l’École Supérieure d’Art de Cambrai (ESAC), ainsi que le commissariat d’exposition à l’Institut d’Études Supérieures des Arts (IESA) à Paris.


Conférence de Jérôme Lefèvre
“Altars of madness, art contemporain & heavy metal”

Jeudi 24 novembre 2016, 18 heures
Auditorium de la Hear (Strasbourg)

 

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Prenez les larmes, prenez-les, prenez les armes et les affiches !


Pour entamer le semestre en Communication graphique, les étudiants de troisième année ont dû créer des affiches à partir d’un entretien de Georges Didi-Huberman paru dans Libération le 2 septembre 2016 intitulé «Les larmes sont une manifestation de la puissance politique».

L’écrivain, philosophe et historien de l’art introduit son nouveau livre Peuples en larmes, peuples en armes, dans lequel il met l’accent sur la puissance politique des larmes ; il renverse la tendance avec force et justesse : de signe d’impuissance et de fragilité, elles deviennent symbole de révolte et d’affirmation. L’émotion est alors politique et historique, les larmes sont un soulèvement. Pour se faire, il s’appuie sur la tragédie du Cuirassé Potemkine, film soviétique muet de Sergueï Eisenstein, sorti en 1925. La photographie de la pleureuse sur l’article est issue de ce dernier.

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Ainsi donc, le contenu de cet article devient support du sujet initié par Philippe Delangle et Yohanna My Nguyen, consistant à interpréter en affiches les propos de Didi-Huberman. Une affiche qui se veut intelligible et autonome dès sa première lecture.

Les règles du jeu étaient strictes : les étudiants devaient penser leurs propositions à partir d’un scan de l’article, pas de texte dactylographié, ni d’ajout iconographique donc. Pour autant, les réponses ont été diverses, tant du point de vue de l’interprétation : poétique, réflexive, engagée, révélatrice, accusatrice… que dans les formes qu’elles ont revêtues.

Par exemple, une série d’affiches implique un temps de lecture particulier : parallèle, chronologique (par une installation dans l’espace nécessitant une déambulation), ou encore à différents niveaux d’interprétation (ensemble d’affiches indépendantes qui, présentées en mosaïque se lisent simultanément).

D’autres ont privilégié un dispositif de superposition de supports imprimables afin de générer des effets graphiques. Le format papier a parfois même été détourné dans le but de faire du support un objet.

Quant à la forme papier, certains l’ont augmentée d’un dispositif interactif tantôt performatif, tantôt digital avec des formes typographiques en mouvement.

L’ensemble du travail des étudiants a investi l’espace lors d’une restitution groupée, tenue à la HEAR le 27 octobre dernier.

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Il y a des réalités économiques


Ola Pehrson était un artiste contemporain suédois, né en 1964 à Stockholm et mort en 2006 à Ljusdal en Suède.
Il étudie entre 1992 et 1997 à la Royal Academy of Fine Arts de Stockholm en passant en 1994 à la Hochschule der Künste à Berlin.
Auteur d’un certain nombre d’œuvres dont certaines sont interactives et mettent en parallèle une technologie face à un objet concret.

Yucca invest trading plant

Yucca Invest Trading Plant

Un exemple qui retient mon attention est « Yucca Invest Trading Plant » qui est une installation de 1999 : un yucca interprète le rôle d’un trader en réalisant des opérations boursières.

Partant du principe que chaque organisme vivant émet des impulsions électriques, Ola Pehrson a installé un dispositif d’électrodes générant des ordres d’achats et de ventes avec un logiciel qui interprète ces informations pour investir sur les marchés internationaux. Plus la plante gagne d’argent, plus elle reçoit de lumière et d’eau. À l’inverse, si elle en perd elle se retrouve sans eau et dans l’obscurité.

Ce qui est intéressant dans cette expérience, c’est que ce yucca est plus rentable que certains traders, et il n’a à ce jour généré que des bénéfices…

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Bot or not?


Pour célébrer les cinquante ans du premier chatbot, Eliza, une conférence performance intitulée BOT OR NOT? aura lieu ce jeudi 10 novembre, à 19 h au Goethe Institut à Paris.

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Il y a 50 ans, les humains parlaient pour la première fois avec un ordinateur en langage naturel. Eliza est l’ancêtre des « chatbots » contemporains et des assistants virtuels qui envahissent nos services de messagerie. À mesure que progresse l’intelligence artificielle et que le conversationnel s’automatise, il devient difficile de distinguer les robots des humains.

Dans le prolongement de la recherche sur les identités numériques entamée lors du projet Streaming Egos, la soirée « Bot or not » rassemble conférenciers algorithmiques et humains autour d’une table ronde, afin d’explorer cette hybridation en cours.

La conférence-performance emprunte l’un des plus anciens protocoles de chat, l’IRC (Internet Relay Chat). Une soirée sur l’éloquence des chatbots, l’intelligence artificielle et la puissance des algorithmes.

Avec Jeff Guess, Marie Lechner (qui interviendra sous forme de conférence à la HEAR en mars 2017), Nicolas Maigret, RYBN, Maria Roszkowska, Gwenola Wagon, Algolit, Fleury-Fontaine, Emmanuel Guez, Vincent Bonnefille, Eliza et d’autres intervenants en chair et en bot. 

Cette conférence est en lien avec le projet Haunted by Algorithms auquel participent les étudiants de 3e année Communication graphique.

https://www.goethe.de/ins/fr/fr/sta/par/ver.cfm?fuseaction=events.detail&event_id=20853400


Jeudi 10 novembre 2016, à partir de 19h00
Goethe-Institut Paris
17, avenue d’Iéna – 75116 Paris

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De la production assistée par ordinateur à la création réalisée par l’ordinateur


Cet article est une tentative de prédiction catastrophiste de ce que pourraient devenir nos métiers d’ici quelques années.

Les métiers du design graphique seront-ils à l’abri d’une certaine forme d’Uberisation ?

Je ne parle pas ici de ce qu’Uber est déjà : une société qui fait du crowd-working, et qui a réussi à faire baisser ses coûts d’exploitation au détriment d’une certaine protection sociale grâce à des algorithmes et une interface facilitant la mise en relation entre un passager et son chauffeur. Mais plutôt de ce qu’Uber va devenir à court ou moyen terme : une société utilisant une flotte de voitures autonomes dont les intelligences artificielles auront été considérablement améliorées par les millions de trajets effectués par des conducteurs humains. On peut raisonnablement estimer que les chauffeurs sont en train de couper la branche sur laquelle ils sont assis. Mais ainsi va le monde, et comme l’avait rappelé Jean-Noël Lafargue lors de son intervention du cycle de conférence «graphisme technè» : les métiers naissent et disparaissent.

Les spécialistes en intelligence artificielle savent depuis un moment que pour voir apparaître la première forme d’intelligence dite singulière, il faudra une quantité de données faramineuse. Pour le moment, seuls quelques grands groupes informatiques disposent d’un tel trésor de guerre et en particulier Google qui indexe le web depuis maintenant plusieurs années.

Depuis la révélation des techniques de deep learning, il y a moins de deux ans, la programmation liée à l’intelligence artificielle vit une révolution. Il est maintenant possible pour un programme d’apprendre de ses erreurs si on le nourrit d’exemples pertinents qui lui permettent de différencier un bon résultat d’un mauvais. On peut alors enseigner à un programme à détecter le contenu d’une image, à comprendre une signalisation routière, à faire de la traduction en se basant sur des dialogues de roman à l’eau de rose ou encore battre un champion de go de niveau mondial (ce jeu était réputé très difficile pour les programmes informatiques).

C’est ainsi que des artistes nouveaux médias ont produit des vidéos générées par des programmes inspirées par les styles picturaux de grands maitres occidentaux dont Picasso, Van Gogh (pour public averti, Kyle McDonald, par exemple, avec sa reprise d’un extrait du film érotique fantastique I.K.U traité selon la période cubiste de Picasso, notamment La jeune fille à la mandoline ), en utilisant l’algorithme Deepdream.

Une image réalisée via l’algorithme deepdream. On a ici demandé au programme de générer des têtes de chiens où il en détectait et on a répété l’action plusieurs fois de suite. L’image utilisée est une reproduction du tableau «Waterloo» de la série «Dogs Playing Poker» de Cassius Marcellus Coolidge.

Une vidéo présentant un extrait de «2001, l’Odyssée de l’espace» de Stanley Kubrick, réalisée par Bhautik Joshi avec un traitement imitant le style de Picasso.

Du côté du design graphique, on trouve de plus en plus de gabarits et de patterns prêts à l’emploi : des gabarits pour des sites Internet, des gabarits pour des animations ou titrages vidéo, des gabarits de cartes postales, des compositions typographiques ou encore, des projets comme Prototypo qui rendent les polices paramétriques accessibles à tout un chacun.

Il y a deux ans, une plateforme internet comme thegrid.io proposait de créer des sites complets avec quelques paramètres à l’aide d’algorithmes adossés à de l’intelligence artificielle. Les placements, cadrages, flux de textes sont alors optimisés automatiquement. En effet, un programme qui sait imiter le style de Van Gogh n’a aucun mal à décortiquer et générer un graphisme minimaliste basé sur un système de grille, qui repose au final sur quelques dizaines de paramètres (largeur et nombre de colonnes, réglages de césures et justification, marges internes et externes, corps de texte, etc.)

thegrid.io propose de réaliser des sites Internet de manière paramétrique et algorithmique en utilisant le contenu que vous téléchargez.

Par ailleurs, quand on est abonné à la suite Creative Cloud d’Adobe, on reçoit leurs newsletters, et une part croissante de ces e-mails ne concerne pas tant des questions de création graphique avec leurs outils, mais plutôt de gestion de campagnes marketing. On y traite de ROI, de stratégie cross canal, ou encore de parcours d’achat du client connecté mais surtout pas de création d’image ni de sens.

Les cibles ne sont plus les concepteurs visuels, mais des commerciaux et des responsables marketing. On peut ainsi deviner un glissement des activités d’Adobe vers une part de moins en moins négligeable de marketing pur.

Ces outils permettront d’automatiser au maximum les processus de création, comme c’est de plus en plus le cas dans les différents logiciels de la suite. Un nombre croissant d’options et de filtres avec des préréglages, de nombreux gabarits prêts à l’emploi pour réaliser des publications, des animations motion design, des habillages sonores sont en vente. Il suffit d’ouvrir le fichier que l’on a acheté, de manipuler quelques curseurs pour changer une couleur et le positionnement d’un titre et on obtient un rendu bien réalisé qui ressemble à des dizaines ou des centaines d’autres projets. Mais à l’heure de l’uniformisation des styles à travers la planète, qui s’en soucie ?

Pour les gens qui souhaiteraient encore un peu plus d’originalité, avec Behance, Adobe a en sa possession une base de contenus alimentée par une quantité gigantesque de projets de graphistes, illustrateurs, typographes, animateurs, étudiants à travers toute la planète. Ces projets sont décrits, tagués, commentés, augmentant ainsi la qualité et la quantité des métadonnées permettant de se livrer à une analyse initiale de ces données.

Cette base de contenus pourrait à terme être analysée, étudiée et disséquée par des algorithmes d’analyse d’images de type deep learning, et enfin permettre à des logiciels de proposer des compositions modifiables à travers l’utilisation de quelques curseurs.

Behance est un réseau social créé en 2006, ensuite acheté par Adobe, utilisé comme portfolio en ligne par de nombreux utilisateurs des logiciels de l’éditeur.

Quel salut face à un avenir qui pourrait s’avérer compliqué ? Ne pas rester candide et passif face aux outils que nous utilisons. Avoir une conscience fine des enjeux et problèmes posés par des groupes qui se retrouvent en situation de quasi monopole. Ne pas délaisser le code et une capacité à inventer ses propres outils. Et toujours aborder un outil pour son potentiel de détournement et d’usage allant à l’encontre de ce pour quoi il a été pensé. Les outils et leurs concepteurs ne devraient jamais formater les usages, mais encore faut-il avoir conscience qu’ils le font trop souvent.

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